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Exemple 1 / 2:
Entraînement à la résolution des conflits en classe

Article destiné à la revue « Terres civiles », organe du Centre Martin Luther King de Lausanne, Suisse (www.cmlk.ch)

Dans le canton de Neuchâtel, les élèves du degré 9 (14 à 15 ans) bénéficient d'un Séminaire d'Education Civique (SEC) doté de 3 heures hebdomadaires. Le programme est assez ouvert et laisse de la liberté à l'enseignant/e. Tandis qu 'un cours d'histoire contemporaine et la découverte des structures politiques suisses (niveau communal, cantonal et fédéral) sont obligatoires, d'autres chapitres sont à choix et l'enseignant/e peut travailler en fonction de ses intérêts personnels. En ce qui me concerne, je commence volontiers par l'étude des médias puis j'attaque l'Histoire ; ces activités me permettent de faire connaissance avec les élèves et me mènent à Noël. A ce moment-là, je fais le bilan avec la classe et leur propose un entraînement à la résolution des conflits. Si la classe réagit favorablement, je place cette étude de janvier à avril et je termine l'année avec le noyau dur : les structures politiques. Cette organisation a divers avantages : cela donne beaucoup de sérieux au cours sur les conflits (si je faisais cette partie d'avril à juin, les élèves penseraient que je fais du remplissage) ; d'autre part, la vie en classe d'avril à juin nous laisse beaucoup d'occasions de mettre en pratique ce que nous avons entraîné sur les conflits.

J'utilise le manuel « Streiten, vermitteln, lösen » de Jefferys, Noack, édition AOL, Lichtenau, Allemagne, 1995, ISBN 3-89111-367-6. J'en ai traduit toutes les fiches de travail que les élèves utilisent. Je tiens ce matériel à disposition des personnes intéressées. Je consacre deux périodes hebdomadaires pendant 8 semaines environ à cette sensibilisation.

Un pré-test permet aux élèves de dire comment ils réagiraient à une situation de conflit. Je suis chaque fois effarée de voir comment la force dirige tous les rapports entre jeunes ; une jeune fille dit : « Si on m'insulte, je m'en vais discrètement. » Un grand gaillard : « Si on m'insulte, je tape, sauf si la personne en face de moi a un grand frère. »

Nous voyons d'abord que les humains sont différents et les conflits inévitables. Après avoir découvert les issues possibles d'un conflit (gagnant-perdant, perdant-perdant, gagnant-gagnant), les élèves sont invités à prendre conscience de leurs sentiments. Ce moment est toujours très intéressant, car les élèves sont juste capables de dire : « Je vais bien ! » ou bien « Je ne vais pas bien ! » ; ils ne sont pas au clair sur leurs sentiments et sont surpris qu'on en parle à l'école. Ce passage ressemble à un accouchement : définir d'abord le sentiment en question puis son intensité. Des feuilles de travail présentant des situations concrètes permettent aux élèves de faire le pas. On apprend ensuite à sentir la tension qui monte et on fait des exercices de respiration pour se calmer.

Il s'agit ensuite de devenir sensible à l'écoute active, à apprendre à parler en JE, à éviter les généralisations abusives. Les quatre étapes de la communication non-violente selon Marshall Rosenberg sont mises en pratique et exercées.

Je passe ensuite aux 9 clés de résolution des conflits selon PRODAS, le « programme de développement affectif et social » de Palomares et Ball (édition Actualisation, collection Le Cercle magique, 1987) : l'excuse, l'alternance, le hasard, le partage, la négociation, l'explication, le compromis, l'arbitrage, la médiation. Pour terminer, je fais lire l'excellent texte de Jean-Marie Muller sur l'agressivité, la violence qui en est une perversion, les conflits, texte que l'on trouve sur le site Internet du CMLK. J'ai donc trois sources principales pour ce programme.

Le mot « non-violence » n'est pas connu des élèves, on bien mal connu, ou bien mal interprété. Pour cette raison, je l'évite. L'important est qu'ils prennent conscience que les conflits sont inévitables, qu'ils nous permettent de nous situer par rapport aux autres personnes et de nous enrichir en les résolvant de manière satisfaisante, et qu'il existe des clés pour les résoudre. Comme la méthode utilisée est très concrète, les stratégies utilisées très diverses, les activités passent bien. Je doute que les grands gaillards abandonnent la violence d'un jour à l'autre après ce cours, mais, dans leur tête, ils ont la connaissance qu'une autre manière de faire existe. Un jour ou l'autre, ils vont y repenser. Une élève qui a suivi ce cours avec moi il y a quatre ans écrit : « Je suis heureuse que tu reprennes les cours des conflits ; pour ma part, ça m'avait énormément intéressée et j'en ai toujours l'utilité quatre ans plus tard ! »

Un problème reste entier : mes élèves acquièrent des connaissances et des techniques que mes collègues n'ont pas forcément ; les parents des élèves non plus d'ailleurs. Au moment où l'un de ces adultes voit un élève tranquille et maître de lui-même lui demander de négocier la date d'un travail écrit pour de bonnes raisons et avec de bons arguments, il va peut-être se sentir inférieur et s'énerver… Dans le domaine des contacts humains, il n'y a pas adulte et enfant : des enfants ont parfois, de manière naturelle ou acquise, des « dons » de pacificateur qui sont troublants pour l'adulte qui en est privé. Mes élèves me rapportent que l'exercice des stratégies acquises se retourne parfois contre eux. A cela aussi, je dois les préparer.

Mireille Grosjean, Les Brenets

Exemple 2 / 2:
LE REPAS DE LA COLERE OU LA LEÇON DE TOUS LES DANGERS

Objectif : sensibilisation aux rapports Nord-Sud

Durée : deux périodes, 1h30, à l'heure d'un repas

Préparation : Le maître prépare des sachets contenant un pique-nique. Pour une classe de 20 élèves, 5 pique-niques sont abondants et variés, avec dessert et boisson. 16 pique-niques consistent en pain et eau (récolter des bouteilles de PET de 3dl à l'avance et les remplir au robinet.) Rien ne différencie les pique-niques : ils sont présentés dans un cageot, dans des identiques non transparents.

Aspect financier : le maître demande environ 2.– Sfr. ou € par élève (voir « précautions »).

Déroulement : Les élèves se servent en entrant dans le lieu du pique-nique. Le maître prend le dernier sachet. Chacun ouvre son sachet et commence de manger. On ne peut se préparer à l'avance à ce qui va se passer : échanges, réclamations, colère, attaques contre le maître, …

Discussion : Il me semble important que le maître écoute la colère des élèves, la laisse prendre forme. Pour ce faire, il peut pratiquer l'écoute active en répétant ce que disent les élèves. Quand la vague des protestations se calme, il peut alors dévoiler le but de la leçon.

En option : écoute de la chanson « Les trottoirs de Manille » de Maxime Le Forestier.

En option : former des statues vivantes faites de 3 à 4 élèves sur les thèmes « FAIM » ; « ENVIE » ; « EGOISME » ; « JUSTICE » ; « SOLIDARITE », « PARTAGE ».

En option : s'exprimer sur une image fournie par le maître, image qui illustre le thème.

En option : Travail sur le document « Le cercle vicieux de la pauvreté et du sous-développement » et sur le labyrinthe se trouvant dans le livre du maître du livre d'Oskar Bär « Géographie des Continents » p. 214 et 215.

Illustration du thème : le maître présente au rétroprojecteur des caricatures sur le thème et des graphiques apportant des chiffres. A mon avis, pour rester fidèle au caractère original de la leçon, je montre en alternance une caricature et un graphique, pour obtenir l'effet de la douche écossaise, le choc. Garder le silence quand on découvre une caricature, donner quelques explications pour permettre la compréhension du graphique. Les caricatures peuvent être prises dans les manuels sur les droits de l'homme édités par « Ecole Instrument de Paix » Genève. Les graphiques peuvent être pris dans « L'Atlas Bordas économique et politique »

En option : les élèves reçoivent un gros stock d'images tirées d'illustrés divers, ils sont appelés à produire des paires contrastées de photos (une sur le Nord, une sur le Sud). Travail en groupes.

En option : regarder une vidéocassette sur le thème (durée 15 à 20 minutes)

Esquisse d'actions positives : consommer raisonnablement / recycler / favoriser le commerce plus juste / autres

Remarque : mentionner le quart-monde en Suisse et dans les pays du Nord ; être au Nord n'implique pas être riche. Eviter de culpabiliser les élèves.

Précautions : restent deux problèmes, l'un financier, l'autre diététique.

L'aspect diététique : certains parents se sont plaints que leur enfant n'était pas en forme pour l'après-midi. Pour éviter cela, préparer un yaourt et une pomme pour chacun des représentants du Tiers-Monde. Ces aliments sont préparés dans un carton sur lequel on peut lire « Aide humanitaire ». Les représentants du monde occidental iront le chercher et feront la distribution en fin de séance.

L'aspect financier : les élèves paient 2.--, ce qui correspond en gros à une tranche de pain, à une pomme et à un yaourt. Le dépassement (le prix des 5 pique-niques cinq étoiles) devrait être assumé par l'école.

Mireille Grosjean, Les Brenets, © 1995